Dimanche 22 novembre 2009
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12:54
Bonsoir, je me présente, je
m'appelle Kévin, j'ai 21 ans et ma vie est un désastre.
Inutile de vous faire languir comme tous ces médecins qui parlent de mon cas, la vie m'a appris à être franc ; Je suis adicte à l'heroïne, un de ceux que vous appellez tantôt "junkie", tantôt "camé", et parfois même "drogué".
J'ai des paupières lourdes et ovales, au teint violacé, qui creusent mon visage trop rond, mes yeux sont rouges de nuits trop courtes et de jours trop longs. Mes bras, tant qu'à eux, me démengent en permanence ; Une sorte de picotement infect à s'arracher la peau, un dévorement discret mais innarrêtable, qui me ronge de l'intérieur. J'ai les jambes dans le coton en permanence, surtout quand je suis en manque, et mes pieds refusent souvent de suivre les ordres de mon cerveau. C'est bête d'avoir l'air d'un ivrogne toute la journée, d'errer comme un spectre dans des parcs que vous n'oseriez, messieurs - dames, même pas approcher dans vos pires cauchemars.
Vous n'avez jamais, de votre vie, touché à de la drogue ? Chers amis, chapeau bas .
Car voyez vous, cela revient à peu près à tomber dans une fosse qui se creuse d'elle - même, de telle sorte que ses parois, qui parraissaient pourtant si simples à escalader, s'avèrent devenir d'impénetrables murs qui vous privent de tout.
Une fois au bord du gouffre, on y tombe, une fois dedans : On y reste.
Après ça, c'est la descente aux Enfers ; on commence à fuir tout et tout le monde, jusqu'à détester la lumière même du Soleil. On s'isole, à l'école, au bureau, on évite les amis, la famille et on perds peu à peu tout ce que l'on a. La drogue, c'est surtout une dégradation verbale ; peu à peu, on utilise l ' Imparfait et toute forme de Futur disparait, comme tant de regrets derrière soi, si peu de rêves sur l'horizon .
Regardez - moi, cessez de fuir ces yeux, mes yeux, qui avaient l'habitude d'être bleus. J'étais quelqu'un, comme vous. Avant, avant de rencontrer ma nouvelle maîtresse, qui me hante jours et nuits, ma Déesse de Narcotiques, que j'aime coupée ou pure, c'est elle la gentille dans mon film, le petit film de ma vie, je ne reste éveillé que pour voir, mon Héroïne crever l'écran.
Un petit peu d'amour, au creux de mon coude par intravéneuse, j'oublie tout de ce voyage, de cet aller sans retour.
Oui, voici, frappées au fer rouge, sur ma chair déchue et dépecée,
Ces Lettres Sincères d'un Drogué, mon encre, mon seul L.S.D.
Julien Hérault.
Inutile de vous faire languir comme tous ces médecins qui parlent de mon cas, la vie m'a appris à être franc ; Je suis adicte à l'heroïne, un de ceux que vous appellez tantôt "junkie", tantôt "camé", et parfois même "drogué".
J'ai des paupières lourdes et ovales, au teint violacé, qui creusent mon visage trop rond, mes yeux sont rouges de nuits trop courtes et de jours trop longs. Mes bras, tant qu'à eux, me démengent en permanence ; Une sorte de picotement infect à s'arracher la peau, un dévorement discret mais innarrêtable, qui me ronge de l'intérieur. J'ai les jambes dans le coton en permanence, surtout quand je suis en manque, et mes pieds refusent souvent de suivre les ordres de mon cerveau. C'est bête d'avoir l'air d'un ivrogne toute la journée, d'errer comme un spectre dans des parcs que vous n'oseriez, messieurs - dames, même pas approcher dans vos pires cauchemars.
Vous n'avez jamais, de votre vie, touché à de la drogue ? Chers amis, chapeau bas .
Car voyez vous, cela revient à peu près à tomber dans une fosse qui se creuse d'elle - même, de telle sorte que ses parois, qui parraissaient pourtant si simples à escalader, s'avèrent devenir d'impénetrables murs qui vous privent de tout.
Une fois au bord du gouffre, on y tombe, une fois dedans : On y reste.
Après ça, c'est la descente aux Enfers ; on commence à fuir tout et tout le monde, jusqu'à détester la lumière même du Soleil. On s'isole, à l'école, au bureau, on évite les amis, la famille et on perds peu à peu tout ce que l'on a. La drogue, c'est surtout une dégradation verbale ; peu à peu, on utilise l ' Imparfait et toute forme de Futur disparait, comme tant de regrets derrière soi, si peu de rêves sur l'horizon .
Regardez - moi, cessez de fuir ces yeux, mes yeux, qui avaient l'habitude d'être bleus. J'étais quelqu'un, comme vous. Avant, avant de rencontrer ma nouvelle maîtresse, qui me hante jours et nuits, ma Déesse de Narcotiques, que j'aime coupée ou pure, c'est elle la gentille dans mon film, le petit film de ma vie, je ne reste éveillé que pour voir, mon Héroïne crever l'écran.
Un petit peu d'amour, au creux de mon coude par intravéneuse, j'oublie tout de ce voyage, de cet aller sans retour.
Oui, voici, frappées au fer rouge, sur ma chair déchue et dépecée,
Ces Lettres Sincères d'un Drogué, mon encre, mon seul L.S.D.
Julien Hérault.